La Vitrine vous invite à décourvir à partir du lundi 26 novembre une exposition de peintures signée Emmanuelle Guédon intitulée "Les dormeurs". Cette artiste travaille autour de la représentation du corps, raison première de la peinture pour moi, et prend presque toujours la forme de polyptyques, alternant entre grands et petits formats, peinture et pratiques graphiques (dessin, gravure, sérigraphie).

Emmanuelle Guédon, Diptyque, huile sur toile, 13x18 cm, 2007
"Le corps représenté, entre évocation et affirmation formelle, tente de trouver sa place dans cette extension du support, tout comme il tente de s’inscrire au sein de la relation qui s’est établie entre la matérialité du corps et celle de la peinture.
Une tension s’installe entre la figure du corps et les figures de la peinture, jouant des simulacres de l’image. Le corps semble ne trouver sa véritable place qu’en se déformant, se développant et se défigurant, pour se modeler et s’inventer autre, se confrontant aux paysages, aux aplats colorés, à la réserve de toile brute. Les personnages apparaissent dans l’inaccomplissement de leur forme, dans un état «à demi» ou entre-deux.
La tache couvre, découvre, recouvre, affirme sa géographie, lutte avec le dessin ou l’espace laissé vide. La peinture insiste, fixe, révèle ou masque, le dessin sépare, ouvre un espace, crée du vide, et les rôles s’inversent. Saturation colorée et économie de moyens se défient et confrontent leurs limites, dans cet entêtement à représenter malgré tout en laissant des traces.
Les représentations récurrentes de dormeurs, de baigneurs, de nageurs ou même d’animaux, entre présence et absence, incarnent une autre modalité de conscience au monde, toujours dans cet entre-deux propre à l’image. Le corps immobile et muet du dormeur renvoie certes au corps peint, mais aussi à l’impossibilité de voir – ses yeux, son rêve. Peindre un dormeur c’est alors creuser la peinture dans ce qu’elle a d’instable, de paradoxal, et peut-être d’impossible.
Les pratiques graphiques telles que la gravure et la sérigraphie offrent un autre terrain de jeu : les procédés de reproduction du même deviennent impulsion du travail et matière à pervertir."
Emmanuelle Guédon

Emmanuelle Guédon, Diptyque, huile sur toile, 13x18 cm, 2007
Exposition visible du mercredi au samedi de 13h à 19h
Quelques photos du vernissage qui s'est tenu le lundi 26 novembre :



Photos : D. Coppin
